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Bérénice

  • Auteur/Compositeur Racine
  • Metteur en scène Frédéric FAGE
  • Collaboration artistique Olivier Oudiou Aymeric Lepage
  • Distribution Estelle Roedrer - Amandine Rousseau - Benjamin Lhommas - Alexandre Zambeaux - Hugo Miard
  • Producteur(s) et/ou co-producteur(s) LTDIDVM production
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1H15
  • 16
  • Date: Du 06 au 28 juillet 2018
  • Début : 14h00 - fin 15h15
  • Date de relâches : les 10,17 ET 24 juillet 2018
  • Nom du théâtre : Balcon (Théâtre du)
  • Adresse : 38, rue Guillaume Puy
  • Code Postal : 84000
  • Ville : Avignon
  • Pays : France
  • Téléphone de réservation : 04 90 85 00 80
  • Site internet : www.theatredubalcon.org

Depuis l’invention du monde, les sentiments amoureux ont souvent servi de leitmotiv à des rois et des reines pour entrer dans des décennies, voire des siècles de guerre. Au feu on jetait ceux que l’on avait portés aux nues. Il suffit de plonger ou replonger dans la mythologie grecque pour le constater. Ce que nous avions cru être les pouvoirs des Dieux ne sont en réalité que le reflet de la folie des hommes. À travers leurs histoires, ils nous racontent la véritable destinée de nous-mêmes. Zeus et ses conquêtes féminines, Héra et ses crises de jalousie, Aphrodite et sa beauté inégalée. Sans oublier les colères de Poséidon. Et quand Apollon nous dit « Connais-toi toi-même », Achille lui répond indirectement qu’il vaut mieux un destin tragique qu’une vie tranquille. Pour le philosophe Clément Rosset, leurs histoires nous racontent d’une façon concrète une façon d’être au monde, d’agir, d’accueillir l’autre, de se comporter à l’égard de ses ennemis, sa famille, ses amis. Nous parlant ainsi de ce à quoi on ne peut jamais échapper.

La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil
Mon amour, mon empire...
NOTE D’INTENTION
Le destin théâtral est fort de son pouvoir de situer des sentiments à toute époque, ça l’est forcément avec des auteurs comme Racine. Et plus essentiel encore, quand on lit et relit Bérénice. Certes, au départ, nous avons tous conscience qu’il s’agit d’une oeuvre monumentale non par la durée, mais par la forme et le fond.
Avec Bérénice, Racine a atteint le sommet de ce qui se dit, se montre entre des gens amoureux, des gens de pouvoir. En somme, Bérénice est éternelle. À lui seul, son prénom situe déjà la dramaturgie. Elle est si puissante, qu’il suffit de se rappeler à son bon souvenir pour qu’elle apparaisse légère et confidente, grave et déterminée, libre non soumise et tourmentée. Si sa colère parait douce, l’âpreté de sa résilience au service du seul homme qu’elle aimera à tout jamais est décrite ici sous la forme de mots purs, sans artifice, et d’une envoutante fluidité dans les gestes et les regards.
Ainsi donc, pour une question d’empire, du mérite à le diriger, ou non, Racine a tendu la main à la douceur intimiste. Tel le tisserand, il a fait de cet ultime rapport avant le départ la voilure qui les brouillera dans l’histoire. Avec cette distance qui caractérise l’impossible accès au rivage de l’amour, Racine n’a rien contrefait chez ses êtres. Il s’est livré à sa propre confidence sur ce qu’il aurait fait s’il avait eu le coeur d’une Bérénice. C’est évidemment à la fois un acte périlleux et honnête. Chez Racine la liberté d’une femme transpire jusque sous sa chair.
Croire pour autant qu’il est aisé d’en arriver à un tel argument sans réfléchir au pourquoi serait nier l’évidente complexité de la maturation. À l’image d’un général s’emparant d’une ville, il a fallu au metteur en scène que je suis des
années de contemplation, d’abnégation, d’acceptation, de chemins pour arriver jusqu’à ce trio de coeurs. Et a fortiori accepter de le porter à la scène.
Au-delà de la simple mise en balance des deux pouvoirs, il est évident que l’amour ne dispose pas des mêmes armes que celui du pouvoir sur les hommes. Deux raisons à cela ; la première est que la femme a le pouvoir de la raison et l’homme celui de la dissoudre et de la remplacer par la sienne, avec moins de scrupules. La seconde est que la femme a le pouvoir de l’intégrité du coeur et que l’homme a la faiblesse de croire qu’il voit mieux qu’un aveugle. Dans le cas de Bérénice, le génie de Racine a fait qu’il a aboli ces pouvoirs. Au fil de la pièce, on le voit bien, alors que Bérénice ne reviendra pas sur sa décision, Titus se met à nu. Certes, il n’ira pas la suivre en risquant de se noyer, mais c’est comme ci, Hélas !
En cela, le rendu de mon travail sera de faire apparaître la transcendance de l’amour, sa pureté comme lignée du désir absolu que l’on ne trahit pas ; puisqu’elle accepte de devenir cette étrangère suivant Titus à Rome ; puisqu’elle est la soumise des premières heures, jusqu’à ce qu’elle fasse l’apprentissage de l’attente vaine ; puisqu’elle gardera en elle toute l’exigence que nécessite son désir ; puisqu’elle va céder au paradoxe de la soumission à des fins de protéger leur amour sans se soumettre à celle d’Antiochus ; puisqu’elle surpasse enfin toutes les libertés quant au choix de rester fidèle à eux-mêmes. Et à ce propos, ne s’agit-il pas de l’histoire d’un trio amoureux qui se suicide sans se suicider ?
Pour toutes ces raisons, la scénographie ne s’appropriera pas du superflu, de l’architecture monstrueuse, puisque Rome ne s’effondrera pas. Seuls, les vents de l’océan se prenant dans les voiles sonneront l’heure du départ de Bérénice, et celui de la posture désormais statiques des deux hommes d’État. Comme s’ils n’avaient jamais été autre chose que ces figures du Colisée refroidîtes à jamais par le coeur pris dans l’hiver éternel de Bérénice. Comme si surtout rien ne pouvait avoir d’emprise sur eux, comme s’ils étaient nus, offerts aux flots des mots, en plein milieu d’un désert sensoriel.
Frédéric Fage,
metteur en scène, scénographe
Frédéric FAGE
GALERIE
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