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L'un est l'autre

  • Une pièce Librement adaptée du Roman Mari et Femme de Régis de sà Moreira
  • Metteur en scène Eric Verdin
  • Collaborations artistiques Lumières Denis Schlepp Son Philippe Timmerman Scénographie Capucine Grou-Radenez Musique Jean-Baptiste Sabiani Chorégraphie Tchavdar Pentchev Assistante à la mise en scène: Camille Timmerman Et la voix de Barbara Tissier
  • Distribution Benjamin Boyer, Marine Montaut
  • Co-Production Mothers In Trouble, Isabelle Gaudin Artciné, Collectif Fractal et Coq Héron Productions
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1h15
  • 12
  • Date: Du 07 au 31 juillet 2021
  • Début : 18h15 - fin 19h30
  • Date de relâches : les 12,19 ET 26 juillet 2021
  • Nom du théâtre : Girasole (Théâtre du)
  • Adresse : 24 bis, rue Guillaume Puy
  • Code Postal : 84000
  • Ville : Avignon
  • Pays : France
  • Téléphone de réservation : 04 90 82 74 42
  • Site internet : www.theatregirasole.com

C’est l’histoire d’un homme et d’une femme. Ils sont en train de se séparer. Et puis, un matin, chacun se réveille dans le corps de l’autre.
Pour une séparation c’est raté.
Qu’est-ce que ça fait de se retrouver tout d’un coup couverte de poils, d’avoir une peau qui sent l’autre, de respirer comme un fumeur, ou de se retrouver face aux regards des hommes ? Qu'est-ce qu’on ressent quand on est condamné à vivre dans le corps de celui qui a été notre âme sœur mais que nous avons pourtant aujourd'hui tant de mal à aimer ? Qu’est-ce que c’est que de se mettre vraiment à la place de l’autre ? Qu’est-ce qui définit notre identité ? Est-ce notre corps ? Notre rapport au monde ?

Un couple.
Un matin, chacun se réveille dans le corps de l’autre.
Pour une séparation c’est raté.
NOTE D’INTENTION
INTENTIONS DE MISE EN SCÈNE
Le spectacle L’un est l’autre propose aux spectateurs de suivre l’étrange odyssée d’un couple embarqué malgré lui dans une aventure ahurissante, celle de se retrouver du jour au lendemain dans le corps de l’autre.
Qui n’a jamais imaginé changer de corps ?
Qu’est-ce qu’éprouve l’autre ?
Qu’est-ce que peut bien sentir mon mari ?
Qu’est-ce que ressent une femme ?
Qu’est-ce que cela fait de se retrouver tout d’un coup couverte de poils, ou d’avoir à porter une jupe, ou de respirer comme un fumeur, ou de se retrouver face aux regards des hommes ?

IDENTITÉS
Dans cette histoire, quitter son corps ne signifie pas la fin de la vie, mais bien une nouvelle vie. Mais pour qui? Qui suis-je, qui deviens-je si je n’habite plus mon corps? La première question qui se pose ici, c’est bien la question de l’identité. Et nous avons l’intention d’inclure le public dans ce questionnement. La question de l’identité intime est indissociable de la question de l’identité commune. Elle me concerne, moi en tant qu’individu et elle nous concerne, nous en tant que société.
Il y a aussi un problème conjugal dans le couple dont nous parlons.
Ils ne s’aiment plus.
Ne s’aiment-ils plus parce qu’ils ne savent plus qui ils sont ? Ou bien parce qu’ils ne savent plus qui est l’autre ? Pourquoi, croyant s’occuper d’eux, se sont-ils perdus de vue ?
Se retrouver dans l’autre, ce n’est pas seulement perdre ses sensations physiques, c’est aussi risquer de perdre toute son identité, ce qui nous constitue, de se noyer dans l’autre, d’y être étouffé, dissous, littéralement enfoui.
L’idée formidable de l’auteur, c’est d’imaginer que cela arrive à un couple, et que donc ce qui arrive à l’un arrive à l’autre.
Ils vivent le même traumatisme, ils sont à égalité. C’est parce qu’ils partagent la même épreuve qu’ils pourront ensemble la surmonter.

Mais il s’agit aussi dans la mise en scène d’aller plus loin : c’est après tout l’idée poussée à son extrême de se mettre à la place de l’autre. On sait qu’il s’agit là d’un des principes fondamentaux nécessaires au projet humaniste, donc du théâtre, de vivre ensemble et de pratiquer la tolérance mutuelle. Nous concrétiserons cette possible expérience par l’intermédiaire de tous les outils que nous propose le théâtre : le texte, les acteurs, leurs corps et leurs paroles, l’environnement sonore, l’espace scénique.

MOTS, TEXTE, LANGUE
Le roman dont est tiré la pièce est écrit à la deuxième personne du singulier. Il s’agit d’un monologue intérieur : le héros se raconte ce qu’il est devenu, ce qu’il vit dans le corps de sa femme, en même temps qu’il le raconte au lecteur.
Dans l’adaptation, nous avons également écrit et ajouté des séquences pour elle (c’est-à-dire la femme prise dans le corps de l’homme), imaginant la façon dont une femme vivrait elle aussi cette expérience et nous avons volontairement gardé ce tutoiement. Et nous l’avons même élargi aux paroles de la femme dans le corps de l’homme. Dans le spectacle, nous nous intéresserons aux deux chemins, à la fois personnels et entremêlés. Chacun des deux dira « tu ». Il se le dira, le dira à l’autre, mais le dira aussi (et c’est la singularité du théâtre) au public. Ce « tu » intime deviendra sur scène un « tu » plus universel. Ce qui advient aux héros arrive également aux spectateurs qui s’y identifient. Cette multiplication des « tu » accentuera enfin les sensations de vertige que nous chercherons à créer.

CORPS
La pièce présente l’histoire singulière d’un couple qui vient de se séparer et qui, au lendemain de cette séparation, vit une expérience surnaturelle : celle de se réveiller, enfermé à l’intérieur du corps de l’autre. Se trouver dépossédé de son corps, c’est probablement l’une des sensations les plus troublantes que l’on puisse imaginer. Mais, si à la place de notre corps, on se retrouve prisonnier d’un autre corps, surtout s’il est celui de l’être avec qui nous vivions et que nous avions décidé de quitter, alors il y a de quoi devenir fou. Car ce corps que nous avons aimé, ce corps que nous connaissons si bien de l’extérieur, ce corps qui nous était devenu étranger, dont nous voulions nous éloigner, ce corps constitue désormais notre territoire, notre seul horizon : une cellule dont il est impossible de sortir.

Alors tout est à apprendre. Apprendre ce que c’est que ce nouveau corps, accepter les sensations étrangères qu’il nous procure, parfois terribles, parfois agréables, ces réactions
inconnues, malgré notre dégoût, malgré nos réticences. Et puis appréhender le monde extérieur avec ces mains-là, ces jambes, ce sexe, ces membres qui ne sont pas les nôtres. Être une sorte de nouveau-né découvrant la gravité, les gravités, ayant à apprivoiser un corps dont on ignore tout, mais qui conditionne désormais notre survie.
Le travail avec les acteurs suivra ces traces. Ils devront utiliser leur habileté physique pour montrer, paradoxalement, deux corps d’abord non maîtrisés, maladroits, et la lente et périlleuse exploration qui amènera chacun des personnages à accepter, puis à s’épanouir dans le corps de l’autre.
Nous les montrerons, situations à la fois terribles et cocasses, dépassés par des gestes simples, (re)découvrant le réconfort d’une caresse, la violence d’une claque ou l’exotisme d’une danse, lorsqu’ils sont accomplis avec un corps qui n’est plus le sien.
Dans cette idée, un des principes de mise en scène consistera à tenter de rendre compte des différents vertiges qu’éprouvent les deux personnages. Respirer, toucher, éprouver, penser sont des actions indissociables de nos corps. C’est notre existence vivante, c’est notre enveloppe physique qui nous rend possibles.
Dans une époque où les corps sont à la fois considérés comme symboles de réussite, montrés en canon de perfection absolue (quitte à les retoucher avec chirurgie), mais aussi sujets d’une jalousie ne tolérant plus la promiscuité, les réalités physiques autres qu’hygiéniques, nécessairement sans danger (donc incolores et inodores), ce texte propose au public de faire un pas de côté, d’envisager une autre réalité, d’autres possibles.

UNIVERS SONORE
La construction du spectacle passera par la multiplication des sensations sonores. Être dans le corps de l’autre c’est entendre avec ses oreilles, c’est parler avec SA voix. Autre étrangeté : tout en parlant pour l’autre, nous ne parlons pas avec notre voix, puisque c’est la sienne. Nous ne reconnaissons pas notre voix. Notre oreille interne est étrangère à notre voix intime. Nous proposerons donc au public de mener plusieurs expériences sonores. Voir l’un parler avec la voix de l’autre, entrer, via des voix off enregistrées, dans le discours intérieur, différent de la voix extérieure. Dire ce que l’autre ne peut pas dire, car le changement de sexe implique que l’on devient, littéralement, son porte-parole. Chacun est donc responsable à la fois de sa vie et de l’avis de l’autre.


ESPACE PUBLIC / ESPACE INTIME
La scénographie proposera elle aussi de différencier deux espaces : celui du monde extérieur et celui du monde intérieur. Au centre du plateau, un espace de jeu où se dérouleront les différentes scènes du texte. Il s’agira d’une salle de bains à géométrie variable. La salle de bain, lieu où l’on peut être seul, lieu où l’on se regarde dans le miroir, lieu où l’on retrouve son corps après le sommeil, où l’on se nettoie des pollutions du monde, où l’on prend soin de soi, lieu interdit où l’on n’entre pas, ce lieu secret, nous le mettrons en scène. Nous pourrons y observer les tentatives d’apprivoisement physiques des protagonistes, l’évolution de leurs regards sur l’autre et sur eux-mêmes, mais il s’agit aussi d’une métaphore : entrer dans le corps de l’autre, tenter de monter ce que cela occasionne c’est se trouver au plus près de son intimité, c’est l’accompagner dans sa salle de bains.
Cette salle de bains se transformera en rue, en bureau, en pressing mais de même que les héros ne sortent pas du corps de l’autre, le spectateur ne sortira jamais vraiment de cette salle de bain symbolique que nous lui proposons en éprouvant la même expérience que le personnage via le corps de l’acteur qui l’interprète.

De chaque côté de cet espace central, nous installerons un espace latéral plus petit, pour chacun des comédiens. Cet espace sera son refuge, l’endroit où l’acteur peut signifier la voix
intérieure de son personnage par l’utilisation d’un micro, changer d’identité en changeant d’accessoires, s’adresser au public, jouer des personnages distants, montrer un « off » possible, par exemple ce qui arrive à l’un des deux personnages pendant que l’autre parle. Ou inversement.

CONCLUSION EN OUVERTURE
Au final, c’est bien cette apparente aventure de science-fiction qui nous renvoie au réel. Car c’est précisément le fait de se retrouver dans le corps de l’autre, qui permettra à chacun des personnages de se reconnecter à lui-même, c’est-à-dire de pouvoir se réinventer avec la vérité de ce qu’il est, non pas en apparence, mais au profond de son être, et non seulement en intégrant ses propres contradictions, ses propres ambivalences, mais aussi en faisant avec la réalité de l’autre.
Ce que l’on souhaite ici raconter, c’est que le réel n’est jamais que ce que l’on décide qu’il est, qu’il ne demande qu’à être imaginé, inventé, seul, à deux ou en société, pour être vécu. Ce que nous sommes dépend davantage de ce que nous souhaitons être que de ce que nous croyons être.
GALERIE
Soutiens : ADAMI, Phénix Festival