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Les Soliloques du pauvre

  • De Jehan Rictus
  • Mise en scène Michel Bruzat
  • Avec Pierre-Yves Le Louarn, Sébastien Debard (accordéon)
  • Production Théâtre de la Passerelle, en accord avec RB|D Productions
  • Genre : Théâtre
  • Durée : 1h10
  • Date: Du 05 au 24 juillet 2019
  • Début : 13h10 - fin 14h20
  • Date de relâches : les 11 ET 18 juillet 2019
  • Nom du théâtre : Carmes André Benedetto (Théâtre des)
  • Adresse : 6 Place des Carmes
  • Code Postal : 84000
  • Ville : Avignon
  • Pays : France
  • Téléphone de réservation : 04 90 82 20 47
  • Site internet : www.theatredescarmes.com

Un pauvre, un miséreux, un oublié de la société clame, proteste les misères du peuple. Muni de son verbe gouailleur, il s’insurge face à une société ignorante, sans pitié pour les pauvres gens, les délaissés, les laissés-pour-compte. En 1885, Jehan-Rictus (anagramme imparfaite de Jésus-Christ) scandait pour la première fois ses poèmes dédiés au pauvre peuple. L’histoire considère ces poèmes comme l’ancêtre du rap. L’argot qui se déploie, « la géniale déformation de la langue » comme dira Stéphane Mallarmé est un cri de douleur, de révolte et de vie.

Faire enfin dire quelque chose à quelqu’un qui serait le Pauvre, ce bon pauvre dont tout le monde parle et qui se tait toujours. Voilà ce que j’ai tenté.
Jehan Rictus
NOTE D’INTENTION
L’Europe peut se réjouir car bientôt, les migrants ne mourront plus en mer, c’est dans le désert que l’on retrouvera leurs corps ensablés. Comme Gaston Couté, son équivalent campagnard, c’est une voix vraie, une voix de misère et de révolte. Il naît en 1867 à Boulogne-sur-Mer, son père quitte la maison quand il a 6 ans, sa mère folle, le maltraite.
Mieux vaut la rue que sa mère. Commence alors une vie d’errance. Ce qu’il veut, c’est dire la vérité de sa jeunesse passée dans la rue, sans rien trahir de sa souffrance. C’est sur cette expérience là que se fondera sa poésie !
Et pour dire la rue, la faim, le froid, la solitude, il faut inventer une forme nouvelle. Et d’abord, arrêter les alexandrins. Personne ne jacte en douze pieds dans la rue. L’octosyllabe ressemble bien davantage au parler de tous les jours.

On s’en fout du bon français. Ce qu’il faut faire entendre, c’est l’argot des miséreux, l’accent du faubourg. Ainsi naissent les Soliloques du pauvre dans un français bourré de fautes et d’images que tout le monde peut comprendre. Ses soliloques, ses monologues, ses poèmes, il les dira sur scène, dans un cabaret, comme Aristide Bruant. Gabriel Randon, son vrai nom, ça ne va pas, et puis c’est le nom de sa mère. Il lit François Villon.
Un vers retient son attention « Je ris en pleurs et attends sans espoir ! »
Il sera les deux premiers mots du vers en vieux français : Jehan Rictus, avec un trait d’union, car ce n’est pas un nom propre, mais presque une devise.

« J’ suis aux trois quarts écrabouillé / Ent’ le Borgeois et l’Ovreier / J’suis l’gas dont on hait le labeur, je suis un placard à Douleurs, je suis l’Artiste, le Rêveur, le Lépreux des Démocraties. »

C’est donc le 12 décembre 1896 que naît Jehan-Rictus, à l’âge de 29 ans.
Pierre-Yves ne joue pas à être Rictus. Il devient Rictus. Ce qui est, à mes yeux le but de tout travail d’acteur. Il n’est pas question d’identification, de psychologie. Je travaille avec la personnalité de Pierre-Yves. On voyage vers l’inconnu. Ce voyage on le fait ensemble, pour que Pierre-Yves s’empare du texte, que les scènes naissent toujours dans l’instant, pour que l’acteur découvre la liberté. Alors Pierre-Yves nous révèle, ce qui est caché, ce qui se tapit dans l’obscurité jusqu’à ce que la lumière y pénètre. Nous sommes touchés au fond de nous-mêmes et la nature humaine, la nôtre, nous est révélée. Rictus, un écorché vif qui prête sa voix à tous les « traîneux », les simples, les abîmés par la vie, les exclus.

Il est l’ami des pauvres, des gueux, des trimardeux, des peineux. Il récuse tout ce qui représente le pouvoir de l’idéologie dominante. J’aime naviguer avec Pierre Yves sur la petite barque de Rictus et barrer à l’étoile. J’aime la générosité, la profondeur, l’authenticité de sa langue tranchante, qui dénonce le caractère impitoyable de ce monde du tout jetable pourvu qu’il soit rentable.
J’aime cette écriture explosive, qui va à l’encontre de la mode et de la pensée majoritaire, qui résiste à l’ordre établi avec une efficacité sans doute dérisoire face au pouvoir, mais dans une nécessité symbolique comme le geste d’Antigone

Mettre debout ces mots pour Pierre Yves, en lui demandant d’y aller de son corps, et que la poésie de Rictus nous rentre dans la peau, nous morde, nous pique, nous réveille, pour dire, pour rire, pour chanter. Puissent ces images se blottir au cœur des spectateurs… et qu’en sortant, on respire un autre air. On passe à côté « des Rictus » de ce monde sans les voir, sans croiser leur regard, comme si l’on en avait peur ou comme si simplement on n’avait pas envie de découvrir à travers eux la réalité de ce monde.

Nous sommes condamnés à la fraternité…. Alors inlassablement nous continuerons à faire entendre, La Boétie, Brassaï, Dimey, Couté, Schneider, Koltés, Siméon, qui nous permettent de nous retrouver « frères humains ». Essayons d’être ce soleil dont parle Artaud. Je crois toujours que le théâtre peut faire naître un état différent.

PS : « Tant qu’il y aura des maîtres et des esclaves, nous ne serons pas déchargés de notre mission »
Comme dit Heiner Müller « quand je serai mort, les frères de toutes les races continueront à se battre, et à défaut d’eux, ce seront les paysages qui mèneront les guerres et nous serons la prière et le désert et la mer et l’océan ! »

Michel Bruzat
PRESSE
France 3 : C’est obligatoire, moderne, fulgurant. Il faut s’y ruer.
Le Canard enchainé : Pierre-Yves Le Louarn s’empare de ces poèmes. Il les crie, les rit, les pleure.
GALERIE
VIDEO
Soutien(s) : Région Nouvelle Aquitaine, département de la Haute Vienne et ville de Limoges. Diffusion RB|D Productions
Contact pro :
Michel Ludovic
Directeur des productions
06 82 03 25 41
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